La chancelière allemande Merkel vient de rendre visite, le 19 décembre, aux forces allemandes engagées dans le maintien de la paix au Kosovo. A cette occasion, elle a déclaré sur l’aéroport de Pristina, en présence du premier ministre kosovar albanais, Hasim Taci, que « les Allemands ont posé comme conditions aux Serbes, pour l’acceptation de leur candidature à l’entrée dans l’union européenne, la mise en place d’échanges commerciaux bilatéraux avec le Kosovo, l’établissement d’un contrôle aux frontières et la disparition des structures administratives parallèles serbes au nord de la province ».

Ce revirement et quasi-chantage allemand a débuté ces derniers mois. Que s’est-il passé ? Les médias français ont très peu évoqué cette crise alors que la France soutient fermement une position diamétralement opposée à celle de leur voisin allemand, comme d’ailleurs la totalité des membres de l’Union européenne.

En fait, tout a commencé le 26 juillet dernier : alors que les négociations entre Serbes et Kosovars avaient débuté sous l’égide de l’Europe, les unités spéciales kosovares ont soudainement pris de force le poste frontalier de Brnjak jusque là tenu par les Serbes. Il s’en est suivi la mise à feu du poste voisin de Jarinje par des éléments serbes incontrôlés. La tension fut grande. Sans l’interposition de la Kfor,  le conflit guerrier aurait pu se rallumer.

Les Serbes ont aussi appris de leurs expériences du passé. Au lieu de fanfaronner avec leurs armes, les civils ont établi des barricades, espérant peut-être par là que cette révolte citoyenne toucherait l’opinion publique occidentale. Mais cette stratégie n’a pas été payante en raison du peu d’intérêt que portent les médias occidentaux aux Serbes, stigmatisés à vie comme les assaillants…

Cela a même tourné au vinaigre. Les civils serbes et la Kfor se sont étripés tandis que la force de paix essayait de débloquer les routes. Deux soldats allemands ont été blessés au cours de ces échauffourées. Angela Merkel s’est vite emparée de cet événement pour exercer nettement de nouvelles pressions sur la Serbie. En arrière-fond, elle demande ni plus ni moins que la reconnaissance d’un Etat kosovar.

L’Allemagne prend là une position isolée, en se comportant comme « la » Puissance européenne, décidant à la place des autres.

Cette posture est risquée. Elle met à mal l’intégration d’un pays européen qui a prouvé sa bonne volonté et mérite de rentrer dans l’Union sans aucune contestation. Angela Merkel devrait plutôt s’attacher à trouver une solution équitable au problème kosovar. Sinon, il faudra attendre un changement de majorité aux prochaines élections pour voir une autre politique étrangère plus équilibrée.

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