Leo Pontecorvo est un brillant, séduisant et heureux membre de la bonne bourgeoisie juive romaine : professeur en pédiatrie, riche et estimé, il mène avec son épouse Rachel et leurs deux fils une existence confortable et enviée. Mais tout cet édifice va, en quelques jours, être jeté à terre : Camilla, une petite adolescente perturbée mais précoce d’une douzaine d’années, « fiancée » de son jeune fils, va accuser Leo de tentative de viol, à l’issue d’un séjour passé chez les Pontecorvo.

 

Que s’est-il passé ? Rien, si ce n’est un petit jeu auquel l’adulte s’est prêté une seule fois : répondre à une lettre de l’adolescente. C’est pourtant là que tout va déraper….

Dès lors, la presse et la justice s’emparent de la personnalité de Leo, la passent au crible, mettant sous la lumière la plus crue son intimité,  rendant suspects ses moindres goûts, ses moindres faits et gestes. Quelle vie résisterait à pareil harcèlement soupçonneux ?

Enfant poussé à la réussite, jeune hommes aux succès nombreux, médecin reconnu, des étapes qui ont paradoxalement fait de Leo un homme fragilisé :

« l’absence totale d’esprit concret jointe à sa réussite professionnelle avait fait de lui un homme à la double personnalité. Extrêmement efficace dans ce qui l’intéressait, puérilement inapte à la gestion de tout le reste, face auquel, avec le temps, il s’était mis à éprouver une timidité superstitieuse. Qui vis-à-vis de la forme de bureaucratie la plus agressive et la plus inquisitoriale – à savoir la justice ordinaire – devenait carrément de l’angoisse. Il suffisait qu’une patrouille de la police routière l’arrête pour un contrôle et il perdait tous ses moyens. »

Comment réagir à l’injustice quand vous n’avez jamais connu que la réussite, et jamais connu de la vie que ses aspects les plus indulgents  ?

 Leo Pontecorvo, réduit à l’état de « cafard » chez lui (le clin d’oeil à la nouvelle de Kafka est transparent) entame alors une « seconde » vie, dans le sous-sol de sa propre maison, exclu parmi les siens…

L’écriture d’Alessandro Piperno rappelle celle de Philip Roth dans  « La tache » : elle en a la talentueuse prolixité, l’ironie à l’égard des personnages, le mélange de finesse psychologique et de prosaïsme, le pessimisme foncier. Toute vie  – et surtout celle qui paraît la plus solidement bâtie – peut être, à tout moment, vouée à l’échec le plus cinglant et le plus humiliant, soumise à une leçon absurde et implacable. « Tout ce qui lui est arrivé ces derniers temps prouve à Léo qu’il n’y a vraiment rien qui ne puisse arriver. Que l’impensable est au coin de la rue et vous attend en souriant. »

Delphine Descaves

Persécution, Alessandro Piperno, Liana levi, 421 pages, 22 euros

 

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