Dominique A s’est produit hier soir, le jeudi 24 octobre, au théâtre de l’Aire libre à Saint-Jacques de la Lande. Le premier d’une série de trois spectacles (vendredi 25 et samedi 26). L’artiste a alterné la lecture de textes tirés de son ouvrage intitulé Y revenir avec des compositions musicales pour la plupart inédites. Il a entraîné le spectateur dans un voyage au milieu de l’intime. De la construction de soi.

aire libre, saint jacques, dominique ADans ce spectacle homonyme de l’ouvrage paru cette année aux éditions Stock : « y revenir », « Y » signifie la ville d’enfance de Dominique A : Provins. Cité médiévale prospère jusqu’à la renaissance avant un lent déclin sise en Seine-et-Marne, non loin de Paris. Le chanteur décrit une histoire d’amour-haine entre lui et cette ville, néanmoins empreinte d’une grande nostalgie. Les allers-retours qu’il décrit sont tout autant spatiaux que temporels : retour sur son lieu de naissance, retour sur (et dans) son passé… Un passé qui ne passe pas vraiment puisque la litanie du poète ne cesse de s’égrainer autour de cette enfance, puis de l’adolescence indissociable du lieu dans lequel elles se sont déroulées. Les allers-retours sont aussi formels : entre le texte narré et le chant ; entre des interprétations a cappella et des évocations qui voient le son se saturer. Le rythme est très changeant, parfois soutenu, parfois posé. Et les transitions sont brutales, voire inexistantes.

La fragilité du barde se laisse entrevoir dans chacun de ses textes comme dans la mise en scène. Rien n’est caché. C’est un homme nu, sans pudeur inutile qui se dévoile aux yeux du public. Il raconte les blessures, les siennes, avec beauté. Quelques touches d’humour parsemées de ci et là permettent de rendre sa mélancolie plus émouvante encore, parce qu’il sait aussi en rire. L’intime est très présent. On est seul avec lui, mais ce n’est pas gênant. Au contraire, car on se le représente comme un ami. Seul sur scène, accompagné seulement de sa guitare, il manie des sons préenregistrés du bout du pied et du doigt. Il guide le public dans ses souvenirs et sa nostalgie.

aire libre, saint jacques, dominique AIl fouille dans ses propres racines pour tenter de comprendre et d’expliquer celui qu’il est devenu. Revenir sans cesse à Provins, comme si l’essentiel était là ; mais qu’il lui échappe des mains à chaque fois qu’il tente de le saisir. L’obsession est là, prenante : qu’y a-t-il dans cette ville d’enfance, aimée autant que détestée ? Les mots viennent couvrir cette réalité : il y revenait presque aimanté, seulement une journée, puis en repartait, tranquille pour quelques années. Dès les débuts de sa carrière musicale en Bretagne, il a accepté que les médias lui prêtent cette identité usurpée de Nantais…

Les anecdotes s’enchaînent, mais elles ont toutes un sens. À la fin, le spectateur peut fermer les yeux et toucher la fameuse rue du Marais, la porte blanche du collège et l’ami Vincent. Il se représente l’amourette adolescente avec une certaine Fanette et les parties de rigolades avec les cousins. Tout en livrant un récit intime, Dominique A donne à sentir une histoire universelle. Celle de la quête de soi. Jacques Brel a déclaré : « Je crois qu’un homme passe sa vie à compenser son enfance. Un homme se termine vers 16, 17 ans. » Dominique A file la même idée que le chanteur belge et recherche assidument sa propre origine.

domiinque ALe voyage se termine au bout d’une heure et demie à peine – et c’est bien court. D’autant qu’il n’y a pas de véritable chute. Dominique A nous a mis en appétit avant de nous laisser sur notre faim. L’arrêt est brutal, mais ouvre sûrement sur une suite à venir. Le présent est au 20 ans de l’artiste, le reste reste suspendu. Il sera certainement aussi écrit et chanté.

*

A l’Aire Libre Dominique A souhaite Y revenir : 24-26 octobre 2013

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom