L’AFFAIRE SPARSHOLT : ET SI L’ON APPRIVOISAIT LE TAIN DES MIROIRS ?

A-t-on le droit d’écrire à propos d’un roman contemporain que c’est un petit chef-d’œuvre ? Probablement… Puisque le critique rédige le texte qu’il entend publier. Eh bien, L’affaire Sparsholt est un petit bijou qu’il ne faut pas nécessairement sortir de son écrin, de son ambiance.

SPARSHOLT HOLLINGHURST

À savoir, le lire tranquillement dans son coin et surtout ne pas décrocher. Se transporter dans « le » Oxford des années 40 pour n’en sortir que soixante-quinze ans plus tard. Car ce roman conséquent et de haute qualité couvre trois générations de personnages et c’est heureux, car on peine à les lâcher ou peut-être sont-ce eux qui ne nous lâchent pas. Même quand ils ont quitté la scène pour les besoins d’une intrigue qui s’installe dès les premières pages et s’enfuit bien au-delà de la dernière, ils demeurent omniprésents, car leur personnalité est forte et leurs caractères ont été immensément soignés par ce grand auteur qu’est Allan Hollinghurst.

ETON COLLEGE

Quel bonheur, quelle joie de se plonger dans l’ambiance des collèges anglais avec toutes les histoires qui s’y déroulaient et s’y déroulent encore, qui s’y cachent encore. Les Britanniques peuvent être des personnes raffinées qui échangent selon des codes à respecter tout en dissimulant des attitudes, des ambitions des plus équivoques, ambivalentes. Mais dans cette société-là, on nourrit un amour démesuré pour l’intrigue souvent en silence. Ou l’on garde le plus croustillant pour plus tard. En est-il différent dans la société française ? Probablement.

OXFORD COLLEGE

Le héros principal de ce grand roman n’est autre que Jonathan Sparsholt, artiste-peintre, fils de David Sparsholt, ancienne personnalité de la RAF, décoré par l’armée anglaise pour ces hauts faits d’armes en son temps et qui a défrayé la chronique par une sombre histoire de corruption et de mœurs douteuses. À Jonathan de creuser pour apprendre à connaître davantage ce père taiseux. Y parviendra-t-il ? Rien n’est moins sûr. Encore que !

L’affaire Sparsholt, enchaîne les séquences et les époques comme un chapelet de petites histoires qui forment une vie, des vies de toute une bande de joyeux innocents qui découvriront avec le temps la gravité de l’existence. On passe des jeux puérils à l’âge adulte, le temps des responsabilités, à l’âge mûr puis à l’automne de son temps. Enfin vient le moment où l’on est face à la mort. Où les uns et les autres nous abandonnent à notre propre solitude. Telle va l’existence. On est toujours seul quoiqu’en disent d’aucuns.

L’affaire Sparsholt, c’est aussi un roman captivant qui montre et démontre tout le chemin pour s’affranchir des conventions en vigueur dans une société marquée par le machisme, par le paraître, par les potins. Alors s’annoncer comme artiste est une chose, s’affirmer et s’assumer comme gay ou lesbienne en est une autre. Hollinghurst pousse la réflexion de ses recherches comme de son propos jusqu’à l’homoparentalité. Un comble que d’avoir engendré un tel livre penseront les conservateurs, les fâcheux et autres réactionnaires. La littérature sert à cela, bousculer les esprits, les conventions. Mais que diable, l’auteur moque les codes avec brio et c’est heureux. Heureux… Justement, nos personnages le sont-ils au final ?
Pour comprendre et savoir, il faut embarquer pour ces quelque 600 pages toutes plus intenses les unes que les autres.

« Peut-être le plus beau roman d’Alan Hollighurst. »
The Guardian.

« Un grand styliste anglais au sommet de la maturité. »
The Observer.

L’affaire Sparsholt. Alan HOLLINGHURST. Éditions Albin Michel. 600 pages. Parution : août 2018. 24,90 €. Traduction François Rosso.

Couverture : © Narcisse – Photo auteur Alan HOLLINGHURST © AM

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