L’automne s’est rapidement installé et les premiers frimas nous laissent entrevoir le plaisir de lire bien installés dans un lieu confortable. Mais quels romans accompagneront ce mois-ci vos moments de détente? Voici quelques propositions parmi les nouveautés d’octobre.

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Commençons avec Mathias Enard, lauréat du Prix Goncourt 2015 avec son superbe roman Boussole. Le titre de son nouveau livre est un programme alléchant aux accents rabelaisiens, Le banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs (Actes Sud, 7 octobre 2020). David Mazon se rend dans le marais poitevin pour travailler à sa thèse, une étude sur la vie et les moeurs des habitants ruraux des Deux-Sèvres. Pour cet étudiant parisien, il n’est guère facile de s’acclimater au milieu hostile de ce terroir froid et humide en plein mois de décembre. Sa découverte des autochtones réserve des rencontres étonnantes. Accompagné de Martial, maire et patron de l’entreprise de pompes funèbres, il participe à un banquet de croque-morts pendant trois jours, une pause pantagruélique qui suspend tout enterrement. Malgré l’ironie et la drôlerie, ce roman n’est pas une simple satire rurale. En philosophe, Mathias Enard enrichit son texte tant sur la forme en utilisant divers styles de narration que sur le fond avec une étude sur les liens entre les lieux, les cultures et les époques et une réflexion sur le sens de la vie, l’amour et la mort. Un festin que vous n’êtes pas prêts d’oublier !

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David Foenkinos, en panne d’écriture, s’est lancé un pari incroyable. Descendre dans la rue, questionner la première personne venue et faire de sa vie un roman. Et cela donne La famille Martin (Gallimard, 1 octobre 2020). Avec cette famille, l’auteur évoque les problèmes de couple ou de travail, les périodes charnières de la vie comme l’adolescence ou le vieillissement. Toute vie n’est-elle pas un roman ? En tout cas, elle le devient sous la plume du romanesque David Foenkinos.

Je termine rapidement cette sélection de littérature française avec deux grands auteurs qui ont beaucoup à nous apprendre dans des registres différents.

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Le premier, journaliste, témoigne de ses instants de vie, de ses belles rencontres avec des artistes marquants comme Halliday, Gainsbourg, Luchini… Il nous parle de tous ces auteurs qui ont marqué sa vie. Avec J’irais nager dans plus de rivières (Gallimard, 1 octobre 2020), Philippe Labro se dévoile en nous confiant ce qu’il a appris et brûle encore d’apprendre.

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Le second est un spécialiste des questionnements religieux. En actualisant un passage de la Genèse, Boualem Sansal nous offre avec Abraham ou la cinquième alliance (Gallimard, 1 octobre 2020) une parabole sur la puissance et les faiblesses de la pensée religieuse. En 1916, alors que le premier conflit mondial s’étend au Moyen-Orient, Terah, un vieux patriarche chaldéen, charge son fils Abram, possible réincarnation d’Abraham, de conduire la tribu vers la Terre promise. Au terme de ce long périple, Abram parviendra-t-il à fonder la cinquième Alliance, susceptible de guider les hommes et d’apaiser leurs maux ?

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Dans le rayon Littérature étrangère, Seuil propose le nouveau roman de David Grossman, un roman sur la transmission et les rapports mère-fille. La vie joue avec moi (Seuil, 15 octobre 2020, traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche) est le roman de trois femmes. À l’occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire de Véra, Giuli décide de tourner un film sur la vie de sa grand-mère. Vera, Giuli et Nina, sa mère partent en Croatie, terre natale de Vera. Sur la route, Vera, autrefois arrêtée par la police de Tito et condamnée au goulag, livre les secrets de son existence tragique. Comment l’Histoire a-t-elle poussé mère et fille à abandonner leur enfant ? Au fil des révélations, l’émotion va grandissante pour s’échouer sur un moment d’amour et de pardon.

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Patti Smith vous emmène en voyage avec L’année du singe (Gallimard, 1 octobre 2020, traduit de l’américain par Nicolas Richard). Ce recueil se présente à la fois comme un récit de voyage à travers la Californie, l’Arizona, le Portugal et le Kentucky, un fantastique carnet de rêves et de conversations imaginaires, et une méditation lucide sur le passage du temps, le deuil et la compassion. Sans apitoiement ni désespoir, l’auteure parle de cette année 2016, l’année de ses soixante-dix ans, une année marquée de bouleversements intimes et politiques. Ce n’est pas un roman, mais un beau livre illuminé par l’art et la sagesse d’une auteure pleine de talent.

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Les parutions de romans noirs sont toujours plus nombreuses en octobre. Vous retrouverez des auteurs bien médiatisés comme Olivier Norek avec Impact (Michel Lafon, 22 octobre 2020), mais je sors des sentiers battus pour vous faire découvrir une nouvelle enquête de Smokey Dalton, l’enquêteur privé afro-américain de Kris Nelscott (un des pseudonymes de Kristine Kathryn Rusch). Justice de rue (Éditions de L’Aube, 8 octobre 2020, traduit de l’anglais par Benoîte Dauvergne) se déroule dans les quartiers noirs de Chicago au début des années 1970, mais se révèle profondément actuel. Smokey Dalton retrouve une jeune fille de treize ans, violée et battue dans un hôtel sordide. Il n’a plus qu’un objectif, démanteler le réseau de prostitution et d’esclavage qui vise les jeunes filles d’une école voisine. Un roman qui dénonce les inégalités raciales et le silence des autorités.

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Il n’est pas courant de trouver un roman noir japonais. Le calligraphe (Rivages, 7 octobre 2020, traduit par Silvain Chupin) est le premier roman du poète, romancier et professeur de littérature, Hisaki Matsuura. Otsuki, un ancien toxicomane, accepte un emploi auprès d’un mystérieux maître calligraphe qui lui demande de terminer un film pornographique très étrange. L’univers sensuel, poétique et fantasmagorique de l’auteur n’est pas sans rappeler celui de Murakami.

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Le polar venu du froid est beaucoup plus classique, mais toujours efficace. La Suédoise Åsa Avdic propose un huis-clos à la Agatha Christie qui se déroule sur une île déserte en 2037 dans l’archipel de Stockholm. Anna Francis est envoyée sur Isola (Actes sud, octobre 2020, traduit par Esther Sermage) pour évaluer la résistance au stress de participants à une expérience scientifique. Sa mort est mise en scène et elle doit observer les réactions des autres. Mais l’expérience tourne au cauchemar lorsqu’une tempête éclate sur l’île et que les participants commencent à disparaître.

Née contente Oraibi

Si l’an dernier, vous avez raté ce beau voyage chez les Inuits proposé par Bérengère Cournut, n’hésitez pas à prendre le prochain départ avec la version poche de De pierre et d’os (Le Tripode, 1 octobre 2020). Ce roman couronné du Prix du Roman Fnac en 2019, est une plongée en terre inuit avec le fascinant personnage d’Uqsuralik, une jeune femme livrée à elle-même dans l’espace arctique.

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Je vous conseille aussi Soixante jours (Folio, 1 octobre 2020), le récit particulièrement humain et émouvant de Sarah Marty sur le périple de quinze émigrés kurdes.

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Pour les amateurs de romans noirs américains, découvrez Harley McKenna, fille unique élevée dans la violence des armes par son père, un baron de la drogue dans ce coin de Californie. Mon territoire (Pocket, 1 octobre 2020, traduit par Héloïse Esquié) de Tess Sharpe pose la question de la possibilité d’un épanouissement dans un milieu vicié, d’autant plus quand on hérite involontairement d’une vengeance qui ne vous appartient pas, mais concerne votre entourage.

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