damien maitre

A Short Eternity de Damien Maître paraissait sur 3615 Records le 8 juin 2023. Dans cet album-fleuve de 20 morceaux, le Rennais multi-instrumentiste se livre à un récit thérapeutique de sa vie et d’une expérience traumatique qu’il traverse avec sa moitié. Un conte pop à la fois personnel et universel, porté par une instrumentation léchée qui évoque les plus belles pages du rock.

Damien Maître signe la troisième sortie de 3615 Records. Après une compilation d’enregistrements anciens de jazzmen rennais et la BO du film Arvor de 2 à 5, le label rennais continue de brouiller les pistes avec A Short Eternity, un album pop rock qui épate par ses 20 morceaux remplis de détails et de références. Damien Maître en est le compositeur et l’interprète principal.

Originaire de la région parisienne, installé à Rennes depuis 2020, Damien Maître a pas mal bourlingué du haut de ses 43 ans. La musique l’a accompagné toute sa vie. Il commence la guitare à 11 ans, inspiré par les sessions d’écoute avec son père. « Quand j’étais petit, mon père me réveillait le dimanche matin en me disant : “Damien, viens, on va nettoyer les enceintes”. Ça voulait dire aller dans le salon et écouter à fond les ballons les Beatles, Pink Floyd, Sweet Smoke, Santana, etc. »

S’ensuit un parcours assez classique de musicien adolescent, passant par différents groupes. Le plus sérieux dure cinq ans, avec à son actif pas mal de dates à Paris et des enregistrements maison dont Damien Maître est le principal compositeur. Après la séparation, assez classique aussi, du groupe, Damien part vivre au Canada où il découvre le plaisir de jouer seul et un peu de tous les instruments. Ayant appris par lui-même les techniques d’enregistrement et le maniement de logiciels, il prend la casquette de producteur pour différents groupes. Il sort un premier album en 2004, en autoproduction, avant une longue période de silence. « J’ai jamais arrêté de faire de la musique, mais c’était jamais assez pertinent, jamais assez terminé », déclare-t-il.

Son chômage partiel pendant les confinements de 2020 permet à Damien Maître de se replonger dans la musique. Il sort, en autoproduction toujours, des mini-albums de « chansons du dimanche », comme il les appelle. En parallèle, il reprend des morceaux restés dormants dans son disque dur avec la ferme intention de les finaliser. Il le fait sans forcément avoir de vision globale, jusqu’à ce qu’il vive avec son amoureuse une expérience traumatique. « En juin 2022, on a perdu un enfant avant terme. Ça m’a dicté ce que je devais faire des morceaux que j’avais et des autres à venir. J’ai vraiment eu un but, raconter cette histoire », confie Damien.

Cette histoire prend la forme d’un conte pop en vingt morceaux, les dix premiers dépeignant l’avant et les dix suivants, l’après. A Short Eternity est en fait une sorte d’autobiographie musicale de Damien Maître qui commence avant la rencontre avec L (qui souhaite garder l’anonymat). Elle raconte « le fait d’être quelqu’un de très insouciant avec une vie rock’n’roll, des addictions. De réussir finalement à s’assagir et là de rencontrer quelqu’un et de se rendre compte qu’il est temps d’ouvrir les rideaux, que quelque chose est possible à deux. Et puis l’attente de cette construction ».

Viennent ensuite le moment du drame et toutes les interrogations qu’il suscite, la culpabilité, le regard des autres. « Je ne voulais pas être dans le pathos, mais plutôt exprimer des questions que je pouvais avoir et exprimer de la façon la plus élégante possible le fait que je n’avais pas de réponse. » La création devient alors thérapie. « Ça a été ma manière de comprendre. Quand tu vis quelque chose d’intense comme ça, t’as du mal à comprendre, tu le vis sur le moment. Prendre le temps d’écrire ensuite, couplet par couplet, permet de décomposer tes idées, de t’expliquer à toi-même ce que tu ressens. »

Si le récit de Damien Maître est personnel, il y convoque une vertu universelle de l’art, celle de se confronter à ses émotions et de les partager. « Je ne voulais pas que ce soit centré sur moi. Je pense que d’autres gens peuvent écouter l’album et apprendre quelque chose », affirme-t-il. D’ailleurs, pour son auteur, le maître mot de A Short Eternity est plutôt l’amour que le deuil. « Au début, l’amour de la liberté, du fun, l’amour pour quelqu’un, l’amour de créer quelque chose avec cette personne. Et puis l’amour pour une autre personne qui n’est pas arrivée et comment garder cette personne qui n’est pas arrivée en tête, comprendre ce qui s’est passé tout en restant extrêmement amoureux. »

Cette histoire intime, Damien Maître la raconte seul, ou presque. Il y joue une foule d’instruments : basse, guitare électrique, fretless et acoustique, ukulélé, oud, banjo, cithare, baglama, clavier, synthé, piano, batterie, des cordes digitales, et, bien sûr, sa propre voix, en lead comme en chœur. Il ajoute à cela des enregistrements de field-recording mais aussi des prises réalisées par des complices de musique. On entend la batterie de Nicolas Strohl dans cinq morceaux, le saxophone de Julien Mézence dans « The Age the Moment » ou encore le violoncelle de L dans « deux morceaux très importants, le premier qui parle de notre rencontre, le second qui dit au revoir à notre petit bonhomme ».

De ces nombreux instruments se dégage une richesse d’instrumentation impressionnante. Chaque morceau foisonne de détails savamment agencés dans un mix d’une clarté irréprochable. La variété et les nuances de sonorités rappellent les expérimentations du rock psychédélique, influence que confirme Damien Maître. « Pour cet album, j’ai eu beaucoup en tête les deux premiers albums de Paul McCartney, Pink Floyd, notamment Atom Heart Mother, et il y a aussi pas mal de microcitations de Frank Zappa. » Mais dans ce grand miroir du rock d’hier et d’aujourd’hui on peut encore entendre des échos de Bob Dylan, Radiohead, Peter Doherty (version Frédéric Lo), sans doute bien d’autres encore pour qui sait écouter. Et tout ça chez un seul homme et un seul album, A Short Eternity.

Écouter l’album sur Bandcamp

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Jean Gueguen
J'aime ma littérature télévisée, ma musique électronique, et ma culture festive !

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