Jeudi soir, une centaine de personnes attendait Anne Sinclair, à l’hôtel des Ventes de Rennes. Invitée par la Librairie Le Failler, elle présentait son dernier ouvrage, 21 rue La Boétie. Elle y narre l’histoire de son grand-père maternel, Paul Rosenberg (1881-1959), juif et célèbre marchand d’art.

 

On s’en doute. Les Rennais n’étaient pas venus que pour le livre… Mais l’ancienne présentatrice de TF1 ne s’est pas attardée sur les démêlés judiciaires de son époux, Dominique Strauss-Kahn. « Il était prévu que mon ouvrage sorte en septembre dernier – a-t-elle juste confié – Pour les raisons que vous savez, j’en ai différé la sortie. »

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Durant ces quelques mois de séjour forcé à New York, Anne Sinclair en profita pour écrire l’épilogue de son livre. Quatre pages où la femme blessée se confie. Quatre pages où elle dit l’essentiel. « C’est une histoire difficile, » reconnaît-elle. Mais de New York, elle préfère désormais se souvenir de ses voyages chez son grand-père. « Quand on a moins de 20 ans, ce sont des moments de rêve et de tendresse, » précise-t-elle.

« Je ne voulais pas que Picasso me dessine avec de gros yeux. »

D’une voix monocorde (pour éviter de tomber dans le registre de l’émotion), l’ancienne présentatrice de TF1 a raconté son enfance avec son aïeul. Une enfance passée à sauter sur les genoux de Picasso, à fréquenter les musées et les galeries. « Petite fille, on ne se rend pas toujours compte de la chance que l’on a…» A la peinture, l’adolescente préférait en effet les vacances avec ses cousins. « Je ne voulais pas que Picasso me dessine avec des gros yeux. » Mais aujourd’hui, Anne Sinclair revient sur ce passé qu’elle avait préféré enfouir..« Adolescente, je voulais construire ma vie en dehors de la tradition familiale, » se justifie-t-elle.

Aisément, chacun comprendra qu’il n’est pas toujours facile d’accepter inacceptable : l’exil face à la barbarie et la spoliation des biens juifs. Toutefois, Anne Sinclair, en femme de caractère, ne fait pas dans le misérabilisme forcené. « Ma famille a été chanceuse. Elle s’en est bien sortie », précise-t-elle. Peut-être… Mais que dire devant la volonté de son grand-père, cherchant désespérément ses tableaux volés dans toute l’Europe de 1945 à 1959…(1)

Comme son grand-père, Anne Sinclair ne se plaint pas. Digne comme lui. Digne devant les frasques de son mari… comme le fut son grand-père devant les infidélités de sa femme avec un autre marchand d’art. Aux yeux des Rennais, Anne Sinclair (directrice éditoriale du site Internet Huffington Post), est apparue en parangon de vertu, touchante et pleine d’humour. Elle restera surtout pour beaucoup une charmante journaliste aux yeux bleus. Comme toutes ces femmes de la période bleue de Picasso…

Jean-Christophe Collet

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Anne Sinclair, 21 rue La Boétie, Grasset, 304 pages, 20, 50€

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(1) Il manquera au grand-père d’Anne Sinclair, soixante tableaux.

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