Alors qu’elle rentre d’un voyage professionnel en Chine, Louise découvre que sa rue a été le théâtre d’un crime. Aucun témoin, tout le monde dormait. Paraît-il… Pierre, son mari, travaillait. Il était en mer. Paraît-il… La police enquête, la presse aussi. Jusqu’à cette nuit où Louise rêve. Elle rêve que Pierre lui parle dans son sommeil. Qu’il lui parle longuement. Lui qui, d’habitude, parle si peu.

 

Ah, Yvan Attal ! Ce n’est certes pas un bon acteur, mais il met tant de force et de sincérité à tenter de faire croire le contraire que son jeu finit par susciter la sympathie.

Un rôle intériorisé et sombre, voilà ce qui lui correspond.

C’est ainsi qu’il interprète dans ce film le seul témoin qui a le courage d’évoquer l’agression d’une femme (genre affaire Kitty Genovese, voir l’encadré). Dans les pas du cinéma à thèse américain section plaidoyer pour la justice (Douze hommes en colère de Sidney Lumet) et du polar noir section philosophie (La soif du mal d’Orson Wells), Attal incarne l’héroïsme de la conscience véridique (donc, la véritable conscience héroïque) en butte au silence coupable socialisé.

Dans cette veine, le traitement psychologique des différents points de vue des témoins est réussi. Il en va de même de l’enquête de police, du traitement par la justice et des enjeux médiatiques soulevés par l’affaire. Quant à la mise en scène, elle convint, notamment par sa dimension visuelle.

Hélas, l’atmosphère intimisto-existentialiste rate son effet. Tout comme un certain bavardage qui se voudrait docte démonstration. L’impatience guette…

Qui plus est, le recours à un rythme lent et à une musique atmosphérique s’avère à double tranchant : elle confère à la narration un enveloppant onirique inquiétant, lequel endormira certains…

Ce film voudrait résonner comme un mauvais rêve où la belle part de l’humanité serait mise en sommeil. Mais, précisément, il fait trop la part belle à ce point de vue. Ainsi, l’expression du jugement social collectif pêche par une radicalité que traduit l’opposition entre 32 témoins qui se taisent et 1 seul qui s’ancre dans la vérité. Un manque de nuance que l’on taxera, en accord avec l’actualité, de populisme mondain.

Nicolas Roberti
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14 mars 2012 (1h 44min)
Réalisé par
Lucas Belvaux
Avec
Yvan Attal, Sophie Quinton, Nicole Garcia

Le 13 mars 1964, 3h du matin. Kitty Genovese, 29 ans, rentre chez elle. Elle est acostée par un homme du nom de Winston Moseley. Son assassin. Comprenant ce qui lui arrive, Kitty Genovese se met à crier. La nuit est froide et les fenêtres des voisins sont closes. Pourtant, de nombreuses oreilles perçoivent ce qui se passe…

La scène va durer 1h30. Kitty Genovese est poignardée. Elle crie. Son assassin, à plusieurs reprises, monte dans sa voiture, fait mine de partir, et revient après quelques minutes. Il va la violer, la dévaliser, et, finalement, lui asséner les coups fatals.

Un témoin va, enfin, appeler la police. Les secours vont arriver quelques minutes plus tard. Kitty Genovese, mortellement blessée, va mourir sur la route de l’hôpital.

Les enquêtes de police révèleront que 38 témoins ont clairement entendu le meurtre qui se déroulait, durant 1h30, sous leurs fenêtres. Mais aucun ne semble avoir clairement appelé la police (quelques enregistrements indiquent des appels peu précis…).

Dans les semaines qui vont suivre le meurtre, la presse va se déchaîner à l’encontre des 38 témoins. Et pourtant… Deux psychologues sociaux vont s’intéresser à l’affaire. Darley et Latane vont mettre en évidence un phénomène psychologique de groupe: la diffusion de responsabilité.

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Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d'esprit…

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