3 minutes 33 secondes est le second roman d’Esi Edugyan. Il raconte les aventures d’un trio de musiciens, deux noirs américains et un métis allemand, qui jouent du jazz. Ils vont vivre des aventures aussi cruelles que riches et palpitantes durant la Seconde Guerre mondiale. La chasse de ses musiciens de jazz se fera l’égide du IIIe Reich.

C’est au cœur de cet enfer que l’intrigue se déroule. Un ensemble de sentiments variés va s’entrechoquer. L’amitié, l’amour et la culpabilité vont se percuter frontalement. D’autant que le style percutant d’Esi Edugyan permet au lecteur de ressentir les enjeux des événements qui se produisent.

Le roman se concentre sur l’expérience de la guerre à travers les yeux d’un groupe d’expatriés afro-américains et des musiciens de jazz afro-allemands de l’époque nazie à Berlin et, plus tard, au milieu de la France occupée. Les musiciens sont visés à cause de leur couleur de peau, mais aussi d’une musique peu appréciée par le Reich. Cette histoire est narrée par Sid Griffiths, un personnage hors norme, en parallèle de la relation complexe qu’il entretient avec le batteur Chip Jones.

La construction du roman est habile puisque l’on navigue entre présent et passé (le début de la Seconde Guerre). D’un côté, on assiste à une Europe en train d’exploser et, de l’autre, un groupe de musiciens qui ne rêve que d’enregistrer une chanson. L’émotion augmente au fil de la lecture jusqu’à la dernière partie qui procure quelques pages à couper le souffle. La musicalité de l’écriture n’y est pas étrangère.

Seul défaut : le manque d’intensité dramatique. Quitte à décrire la guerre, il faut donner dans le drame ou dans la comédie, mais les milieux troubles ne s’y prêtent guère.

 3 minutes 33 secondes de Esi Edugyan, (traduit de l’anglais par Michelle Herpe-Voslinsky), Collection « Littérature étrangère », Éditions Liana Lev, 7 mars 2013, 368 pages, 22 euros

Extrait :

On a grimpé les rues aux pavés irréguliers, dans la lumière déjà éclatante du matin. J’étais malade d’appréhension. Au point que mes foutues mains tremblaient dans les poches de mon manteau. Louis Armstrong, putain ! On avait sombré dans un silence épuisé, et j’ai lancé un regard au môme. L’espoir vous ronge comme un cancer, je suppose. Si seulement on avait quitté Berlin plus tôt, je pensais, si seulement on avait fait davantage d’efforts pour ce vieux Ernst, pour Paul ! Si seulement on avait été de meilleurs hommes. Les rues escarpées de Montmartre étaient tranquilles et j’arrivais pas à me défaire de l’impression d’être dans la mauvaise ville. Des tas de gens se rassemblaient dans les cafés maintenant, ou se pressaient à l’entrée des boutiques. Ils lisaient tous des journaux, ils marmonnaient entre eux. « Qu’est-ce qui se passe ? » Hiero a fait, nerveux. En l’entendant parler, un homme a levé les yeux, l’a regardé froidement. On est passés et on s’est mis à raser les murs, à s’écarter des rues animées. « On se sent presque comme à Berlin », Chip a remarqué. J’ai froncé les sourcils. « Pas tout à fait.»

 

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