Samedi 11 octobre, la MJC La Paillette à Rennes accueillait la remise du prix Bulles en fureur, qui porte le nom d’André-Georges Hamon, en souvenir de son regretté fondateur. Organisé par la PJJ et la ville de Rennes en partenariat avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, ce prix récompense deux auteurs de BD en deux catégories – une « ados » et une « pré-ados ». Au-delà du prix lui-même, c’est la démarche qui séduit.

bulles en fureurPar une belle matinée ensoleillée, le site de la Paillette grouille comme une ruche. À l’entrée, deux jeunes hommes aux allures pas cathodiques assemblent des morceaux de ferraille. « Georges ? » demande-t-on à l’un d’eux – pensant que Georges Fortuna se cache sous le masque de soudeur. Que nenni ! Il s’agit de Pascal Berger et Frédéric Guégan (passé par l’Élabo). Les deux compères se livrent à une action unique en France : un atelier sculpture en milieu carcéral. Leur « clinique de la rencontre » au travers d’un medium qu’ils qualifient d’« hard therapy » se déroule à la prison d’Orvault. « Musique à donf », ferraille en vrac », c’est comme dans l’atelier de leur asso West Coast Welder à Blain (44), sauf que là, il y a un surveillant, car les apprentis ne sont pas des enfants de chœur, mais « ils ont le droit de rêver, et de (re)trouver l’estime de soi ».

bulles en fureurC’est tout l’esprit du prix Prix Bulles en fureur qui mobilise, sur une période de dix mois et dans toute la France, plus de 500 jeunes de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), du secteur associatif habilité, des quartiers mineurs, des centres éducatifs fermés, des Établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) et des classes relais. « Ce prix donne l’occasion d’entraîner ces jeunes dans une aventure culturelle afin de leur donner confiance en eux en découvrant la lecture, la langue française, les sciences et les arts, qui ne se réduisent pas aux programmes scolaires dans lesquels ils ont parfois été en échec », souligne Gilles Belair, de la PJJ.

bulles en fureurÀ l’intérieur, sur les marches de l’ancien lavoir, l’ambiance est presque recueillie avec plein de jeunes plongés dans la lecture de BD ou de mangas. À côté, l’ami Bernard Kermarec de la librairie M’Enfin tient un stand de vente des ouvrages primés ou pré-sélectionnés et fournit les BD à chaque membre du jury (150 sur toute la France). Bernard n’est pas loin d’être sur le mode « c’était mieux âââvant » parce que les récipiendaires des prix (Nobuaki Kanasawa et Hitori Renda pour King’s game, tome 1, et Bruno Dequier pour Louca, tome 1) n’honorent pas de leur présence la cérémonie. Pas d’accord avec cette vision, Marie-Annick Marion (de la Bibliothèque de Rennes et participant à ce titre à l’organisation de l’ensemble de la manifestation au sein du comité de pilotage national) se réjouit de l’investissement des jeunes autour de « La fabrique à bulles » (ateliers de dessin, de caricatures, de jeux vidéo, animations autour du manga, etc.) et de la présence du dessinateur caricaturiste Gérard Cousseau, alias Gégé, tout au long de la journée.

bulles en fureurL’art théâtral est aussi convoqué au programme, au superbe théâtre de la Paillette voisin. Les comédiens de la SERPE y jouent une présentation des six BD de la catégorie ado pré sélectionnées pour 2015. Armés de boitiers électroniques, les jeunes votent pour désigner les six ouvrages qui feront ensuite l’objet d’un vote dans toute la France. Apprentissage des arts et de la citoyenneté…Un hommage à André-Georges n’est que justice !

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l’écriture (presse et édition), à l’enseignement (culture générale à l’ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

Un commentaire

  1. Juste pour info : PJJ ne signifie pas « Protection Pénitentiaire de la Jeunesse » comme vous l’écrivez (d’ailleurs l’acronyme ne « colle »pas, ça ferait PPJ) mais « Protection Judiciaire de la Jeunesse »… L’esprit n’est pas franchement le même !! Merci de corriger.
    Sinon, je rejoins l’enthousiasme de votre article : jeunes comme moins jeunes, les collégiens que nous emmenions et les professeurs accompagnateurs ont adoré cette journée – y compris les dessinateurs qui se sont chargés de caricaturer tout ce beau petit monde !

    Cordialement,
    Morgane Illiaquer.

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