Là-Batz, c’est déjà l’évasion, Là-Batz ça sent l’iode et l’horizon dégagé, Là-Batz c’est surtout l’excellent premier roman d’une Parisienne venue s’échouer avec mari, enfants et bagages sur cette île, à un jet de pierre de Roscoff. Comment Guénaëlle Baily-Daujon en est-elle venue à s’accrocher à ce confetti alors que, née à Versailles, artiste et parisienne jusqu’au bout des ongles, elle avait tout pour faire une carrière respectable sous les feux des médias et les vivats des bobos du Tout-Paris ?

Et bien justement, après quelques déboires conjugaux et plusieurs escapades à l’étranger (sur les côtes de Galice qui ressemblent aux côtes du Finistère), voilà notre Parisienne, le verbe haut et le chapeau branché (Stetson acheté chez un chapelier bruxellois), embarquée pour une autre vie, une nouvelle vie. Au début, c’est un peu comme un pari : au cours d’interminables soirées parisiennes entre amis, après quelques bouteilles, on se prend à rêver d’un autre horizon pour faire respirer à son enfant, dont la poussette est à hauteur des pots d’échappement, un autre air. Alors banco, fuyant la vacuité d’une vie urbaine échevelée, l’auteur plaque l’Île-de-France pour l’île de Batz.

Une fois sur le bateau, tous ses repères s’effondrent et même le chapeau de prix s’envole. Alors on se dit que ce n’est pas possible, qu’elle ne va pas tenir, que le choc des cultures est trop rude, que les contraintes sont trop lourdes. Et puis, petit à petit, l’auteur, qui pensait poser ses valises un an, s’attache à ce monde miniature au point d’y rester sept ans. Accueillie fraîchement par les habitants, Guénaëlle Baily-Daujon, entre les problèmes domestiques et scolaires, se démène dans un univers où le simple acte de faire ses courses est compliqué et où le moindre rhume d’enfant prend des proportions délirantes, puisque la solution à beaucoup de problèmes se trouve sur le continent.

Journaliste, elle choisit d’aller à la rencontre des habitants, de ses voisins, et d’en faire le portrait en racontant leurs histoires courageuses, leurs existences laborieuses. Il y a d’abord Adèle, la plus proche voisine qui porte des chaussons et sort de chez elle en tablier. Elle raconte l’histoire de son île. Et puis il y a Félicien avec son masque de vieillesse qui a côtoyé la Grande Histoire en ayant participé à la libération de Paris. Mathilde, quant à elle, règne en maîtresse femme sur son clan, une fratrie matriarcale pour laquelle elle est omniprésente. Et puis, et puis… bref, ce livre est un condensé d’humanité, poignant de vérité, en même temps qu’un guide amoureux de l’île de Batz.

Là-Batz : Le roman d’une île Guénaëlle Baily-Daujon, Editions Intervalles, mai 2012, 16€. A Rennes, cet ouvrage est disponible à la Librairie et sur le site de L’Encre de Bretagne, sise 28, rue Saint Melaine.

 

LA-BATZ

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