« 1975-1997 la bande dessinée fait sa révolution »
Quatrième exposition du Fonds Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau

 

Que s’est-il passé de si révolutionnaire en 1975 en matière de BD ?

fonds edouard leclerc, culture, bd, landerneauCampons d’abord le contexte. La planète BD est totalement dominée par Pilote – l’hebdo « qui s’amuse à réfléchir » et dont la qualité contribuait à légitimer la culture BD. Des magasins spécialisés ouvrent, des passionnés lancent à Angoulême un festival promis à un bel avenir (le rideau vient de tomber sur la 41e édition avec l’attribution – contestée par certains –  du grand prix à l’Américain Bill Watterson). Mai 68 est passé par là et un vent de contestation siffle aux oreilles de Goscinny. En 1972, trois dissidents, Claire Bretécher, Nikita Mandryka et Marcel Gotlib quittent Pilote et créent l’Écho des Savanes. En 75, c’est au tour de Moebius et Philippe Druillet de lancer Métal Hurlant (nom trouvé par Mandryka) où l’on découvrira Jano, Margerin, Yves Chaland (le père du Jeune Albert, mort accidentellement à 33 ans), François Schuiten, Michel Crespin… Délaissant l’Écho, Gotlib fonde un mensuel d’humour, Fluide Glacial. En 1978, la vénérable maison Casterman entre dans la lice avec (à suivre).

Passionné par cet univers, Michel-Edouard Leclerc souhaite « contribuer à donner à la bande dessinée toutes les lettres de noblesse que les institutions publiques n’ont pas encore su lui conférer, en ne lui donnant toujours pas la place à laquelle elle pourrait prétendre dans les collections nationales ». On sait pourtant les passions que déchaine le neuvième art… et les sommes astronomiques que peuvent atteindre des planches originales ! « L’épicier »  a donc mis au défi Jean-Baptiste Barbier « salarié de Mondial Assistance » de monter cette expo. Réussite ! Il faut dire que le vaste volume des Capucins offre un cadre idéal pour restituer le bouillonnement de cette période si créative, si influente auprès des autres formes d’art (cinéma, rock, littérature de science-fiction, dessin animé, design et peinture).

Métal Hurlant « Liberté, création graphique, chaos, innovation »

fonds edouard leclerc, culture, bd, landerneauSont aux commandes Bernard Farkas, avec une fonction administrative et financière (en novlangue, on dit DAF), Druillet, qui révolutionna les codes de la BD et éclata le cadre de la planche, et Jean « Mœbius » Giraud, le maître absolu du dessin ; et, enfin, le chef d’orchestre, l’âme du magazine, son cortex, Jean-Pierre Dionnet. Ces quatre mousquetaires – auxquels il convient d’ajouter Étienne Robial qui signa l’identité graphique et visuelle – vont apporter un souffle nouveau avec :

Gail, Salammbô (de Druillet…), Arzach, Major Fatal, The Long Tomorrow,  les Yeux du chat (de Mœbius) l’Incal (du même avec Jodorowsky), une histoire de Blueberry (Moebius avec Jean-Michel Charlier). Dionnet collabore avec Jean-Claude Gal (les Armées du Conquérant), avec Enki Bilal (Exterminateur 17). Figurent aussi dans la dream team :  François Schuiten (Carapaces, le Rail…), Jacques Tardi (Polonius), Serge Clerc (Phil Perfect), Frank Margerin (Lucien), Yves Chaland (Bob Fish, le Jeune Albert), Arno (Alef-Thau), Corben (Den)…

En 1976, l’arrivée de Philippe Manœuvre ajoute une impulsion très rock and roll à Métal. Pendant ce temps aux US, Will Eisner popularise le « roman graphique » avec A contract with God. On ne sera pas surpris de voir là trois planches de cette œuvre remarquable.

(À SUIVRE) ou « l’irruption sauvage de la bd dans la littérature »

capucins, fonds, fonds edouard leclerc, culture, bd, landerneauChez Casterman, deux hommes sont tentés d’entrer dans la danse. La vénérable maison d’édition publie Tintin, mais pas de magazine. Hugo Pratt présente Jean-Paul Mougin à Didier Platteau qui lui confie les commandes d’(à suivre). Deux ambitions s’affichent : le noir et blanc d’une part, le récit d’une autre. Elles sont portées par les œuvres de Jacques Tardi, Hugo Pratt, François Bourgeon, François Schuiten ou José Muñoz. La couleur finira par se glisser dans les pages – avec maestria ! – grâce à Loustal, Paringaux, Charyn, Boucq… En 1983, le festival d’Angoulême distingue Jean-Claude Forest Grand Prix et Flic ou privé (de Muñoz et Sampayo) meilleure BD de l’année. Le Monde titre en une : « Casterman, le Gallimard de la bande dessinée. »

capucins, fonds, fonds edouard leclerc, culture, bd, landerneauCes belles aventures éditoriales (qui s’est terminé en 1987 pour la première et dura vingt ans pour la deuxième) se dégustent dans un parcours riche d’œuvres à voir et de témoignages à écouter. De nombreux auteurs livrent non seulement les secrets de leurs dessins, de leurs influences ou de leurs techniques, mais aussi le récit de cette épopée, de leurs engagements et leur folle envie de révolutionner la bande dessinée.

 

« 1975-1997 : La bande dessinée fait sa révolution ». Quatrième exposition du Fonds Hélène et Édouard Leclerc à Landerneau. À voir jusqu’au 11 mai 2014. Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la Culture aux Capucins et à la Médiathèque de Landerneau. L’exposition sera ensuite présentée l’été 2014 à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême.

 

Infos pratiques

  • Ø Jusqu’au 11 mai 2014
  • Ø Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h – sauf le 1er mai
  • Ø Visites commentées pour les individuels (20 max) du lundi au vendredi à 16 h 30.

Tarifs : plein tarif : 6 € ; réduit : 4 €.

Gratuité : moins de 18 ans, enseignants, étudiants, demandeurs d’emploi, ICOM, accompagnateur groupe + 10

Fonds culturel Leclerc : 1975-1997 – la bande dessinée fait sa révolution

 

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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