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Au couvent des Jacobins, le malaise congraisse…

Ecrit par Nicolas Roberti. Publié dans À la une, Patrimoine et insolite à Rennes, Politique et société à Rennes

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rennes, couvent, jacobins, centre des congrès

Publié le 23 juin 2012

Le conseil de Rennes Métropole de jeudi dernier a rappelé que la politique du rouleau compresseur risque de conduire non seulement au déclin de la visibilité de notre ville dans l’espace régional et national, mais à des choix hasardeux qui en précipitent la faillite. Après un refus de longue date de voir un centre des congrès s’installer dans Rennes puis le choix précipité et sans concertation du couvent des Jacobins, voilà que le budget consacré au projet dérape. Retour sur une erreur où s’enferrent certains élus tandis que d’autres, y compris de la majorité, n’hésitent plus à confier leur malaise. (A la suite de l’article, une autre erreur sous forme de commentaire…)

En 2009, le projet de transformer le couvent des Jacobins en Centre des congrès a été soumis au vote du conseil d’agglomération de Rennes Métropole. Il a été présenté lors d’un conseil de quartier Centre où il a fait l’objet d’un vif débat. Une situation traduite par le site de la ville de Rennes avec l’objectivité qu’on lui connait : « les débats ont révélé une adhésion plutôt bienveillante des habitants, même si quelques doutes persistent. »

En réalité, les oppositions sont fortes depuis le début du projet. D’emblée, la situation enclavée, la petite jauge et la destination festive du lieu constituent pour certains des obstacles rédhibitoires. Quant à certains organisateurs de congrès, ils envisagent avec perplexité les futurs congressistes en train de se faire taper un euro par quelques jeunes travellers aux cheveux négligés tenant dans une main une ale mousseuse et dans l’autre un chien adepte des vocalises…

D’autres possibilités existent pourtant. Si pour la municipalité de Rennes, connu pour être adepte d’un pouvoir fort et centralisé, le choix des Jacobins allait de soi, avant l’existence d’Unidivers comme depuis (cf. nos articles 1 et 2), nous étions plusieurs à demander aux élus rennais de bien vouloir considérer un choix plus girondin : le Palais Saint-Georges. À deux pas de la gare, du centre, des quais où peuvent circuler les cars des congressistes, du parking Kléber pour le stationnement de leurs automobiles, le Palais Saint-Georges, avec sa cour et son jardin magnifiques, présente tous les atouts pour devenir un lieu de congrès, de réception et d’hébergement parmi les plus prisés de France. Cette suggestion est restée lettre morte. [addendum : ce souhait de nombreux Rennais, toutes sensibilités politiques confondues, a bien fait l'objet d'un projet, lequel a cependant été expédié et enterré.]

palais saint-georges, hôtel quatre étoiles, rennes, abbaye des bénédictins,« Avez-vous envisagé d’autres lieux ? »
« Nous nous sommes aperçu qu’il n’y avait pas d’autres possibilités. Dans un marché très concurrentiel (il existe une centaine de centres des congrès en France, qui fonctionnent très différemment), il fallait une offre spécifique, qui mette en valeur le patrimoine rennais. Toutes les études allaient dans ce sens et les meilleurs connaisseurs des centres des congrès étaient tous d’accord sur ce point. » (même source)

Rennes revisite ainsi la notion de concertation en matière d’urbanisme : échanger avec les autres tout en restant sourd à leurs points de vue ! Quand bien même le choix municipal ne fait à l’évidence que contribuer un peu plus à déclasser Rennes. Bien sûr, certains diront que ce comportement autoritaire est « moins pire » que ce qui a cours à la Culture où les services techniques suppléent l’absence de volonté des élus concernés. Bref, cette idée du Palais Saint Georges n’est peut-être pas la meilleure (les pistes sont nombreuses : site de la SNCF, secteur de la prison des femmes, etc.), mais avant de vivre en bonne intelligence, il faudrait déjà vivre en intelligence.

En juin 2010, un jury sélectionne l’architecte Jean Guervilly qui présente un beau projet. Deux ans après, autrement dit jeudi dernier, l’avant-projet définitif a été présenté aux élus. Aïe : l’enveloppe, qui comprend les études préalables, la provision pour fouilles archéologiques, les frais de concours, travaux, études et équipements, s’alourdit de 15 millions d’euros ! En 4 ans, le budget est passé de 50 à 106 millions d’euros HT… Une multiplication qui n’a pas l’air de gêner Daniel Delaveau et son équipe. Et pourtant…

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Dans un communiqué en date de vendredi, les membres d’Alliance citoyenne ont rappelé à leur tour « que ce bâtiment, l’un des fleurons du patrimoine ducal de notre ville, n’est pas un lieu adapté pour accueillir un centre des congrès ». Rémy Lescure et Fabrice Marzin ne mâchent pas leurs mots : « Ce dossier est géré en dépit du bon sens et sans anticipation. Interrogé récemment lors d’une réunion publique, le responsable du chantier s’avérait incapable de donner des éléments précis sur les dépenses de fonctionnement, dans un contexte où le chiffre d’affaires du marché des congrès baisse depuis 2008 et est actuellement en chute libre aux États-Unis. »

Mais la bronca n’agite pas que l’opposition. L’un des élus de la majorité n’a pas hésité à confier que « la probabilité que la construction d’un centre de congrès dans un tel lieu, avec une telle jauge et à un tel prix débouche sur un cuisant échec financier et politique se trouve renforcée. »

Nicolas Roberti

 Commentaire ou comment taire ?

Unidivers reçoit de temps en temps des commentaires sous forme de messages électroniques expédiés du centre-ville de Rennes mais non-signés et avec des adresses mail erronés. Ah qu’ils sont fatigants, ces donneurs de leçon qui n’ont pas le courage d’exprimer leur opinion à découvert ! Au moins, ces militants de la pensée unique se comportent en accord avec ce qui les caractérise : l’irrespect des autres ! Le dernier exemple en date est des plus amusants. C’est pourquoi nous le relayons au lieu de le jeter à la poubelle comme les précédents. Il s’agit d’un message expédié par un certain jean.rouveryre2@wanadoo.fr [adresse invalide].

 Le soi-disant jean.rouveryre2@wanadoo.fr a écrit  :

 Je ne comprends pas bien ce « nous » utilisé en milieu d’article. Est-ce un point de vue ou un article ? A priori la réponse est dans la question, mais je n’ai surtout l’impression ici que de relire les arguments de la droite municipale, sans plus de saveur. Et j’ai quand même l’impression que tout est un peu mélangé : le palais Saint-Georges a bien été étudié un temps pour devenir ce centre de congrès non ? Alors, pourquoi dire le contraire ? Et pourquoi là aussi reprendre cet argument qui venait de l’UMP il me semble consistant à se pencher sur la prison des femmes ? À ma connaissance, la prison des femmes… est tout sauf libre (sic) ! Bref, j’ai un petit sentiment d’un gros parti-pris sur cet article. C’est votre droit, mais il faudrait l’assumer.

Cher Jean,

Vous nous permettrez de vous appeler par votre faux prénom. C’est toujours plus joli que petit lâche, barbouze de PMU ou Saint-Georges sauce Vichy.
Voilà une réponse point par point à votre aimable commentaire si courtoisement introduit et conclu par une absence de formule de politesse.

Tout d’abord, ce ‘nous’ comme pluriel de majesté est une vielle habitude stylistique qui s’est trouvée renforcée par le fait que nous connaissons plusieurs personnes qui ont tenté de faire valoir la même idée (pour votre information, des Rennais de gauche, du centre et de droite). Nous signifie donc ici : différents Rennais de tous horizons.

Quant à la différence entre un point de vue et un article, nous souhaiterions vos lumières. Peut-être pensez-vous qu’un article est par définition objectif. Dans ce cas, cela doit faire bien longtemps que vous n’avez pas pu lire de journaux ni nationaux ni locaux. Sans parler de chaînes télés. De fait, les journaux ont des lignes éditoriales, des points de vue, des opinions sur l’actualité. Par exemple, à Rennes, les projets urbains et immobiliers de la mairie connaissent de fortes oppositions, lesquelles ne sont que très partiellement relayées par les journaux locaux. Chacun voit donc midi à sa porte. Mais c’est vrai que les Rennais en ont difficilement conscience tant la large majorité des médias locaux font écho au même point de vue – celui de la mairie.

Quant aux arguments présentés, si vous avez « l’impression ici que de relire les arguments de la droite municipale, sans plus de saveur », le plus simple est que vous ne nous lisiez pas. Ou bien, dans un souci d’équité, vous devriez écrire aux autres médias rennais pour leur demander une plus grande prise en compte de la diversité des arguments. Nous sommes intimement persuadés que vous ne le ferez pas. Au demeurant, souligner que « la situation enclavée, la petite jauge et la destination festive du lieu constituent pour certains des obstacles » ne nous semble pas être des « arguments de la droite municipale », mais des arguments tout court ! Des arguments de bon sens, voire de bonne intelligence.

Et, voyez-vous, le fait que l’auteur d’un article avance des arguments que d’autres avancent ne fait pas que le premier et les seconds sont identiques. À moins que vous considériez que toute personne qui ne pense pas comme vous et tout argument qui n’a pas votre assentiment n’ont pas le droit de presse, voire tout simplement d’être. C’est sans doute le cas. A quel degré d’interdiction de penser est-on arrivé à Rennes pour que des personnes de votre nature s’arrogent sans vergogne le droit de taxer et réduire toute opinion différente au syntagme infamant « d’argument de la droite municipale » !

Quant au Palais Saint Georges, nous constatons en effet que vous mélangez à dessein les choses : le Palais Saint-Georges n’a pas été étudié mais survolé, expédié puis enterré. Pourquoi ? Ça, nous l’ignorons. Mais, de fait, nous persistons à penser que le Palais Saint-Georges ferait un bien beau Palais des Congrès. Et nous espérons que cet article contribuera à reconsidérer cette possibilité.

Quant aux autres pistes de réflexion que nous avons citées entre parenthèses, nous ne voyons pas en quoi elles vous gênent. Alors que nous avons cité le choix de la mairie (le couvent des Jacobins), le nôtre (le Palais Saint Georges), pourquoi voudriez-vous que nous taisions ceux des autres (lesquels ne sont d’ailleurs pas seulement le fait de la droite municipale) ?! À moins que vous ne soyez vraiment un sectateur forcené de la pensée unique.

Dans cette veine, nous vous rappelons que des membres de la gauche municipale sont opposés à l’actuel projet. Ainsi, le groupe Ecologie-les Verts souhaite faire des Jacobins ‘Le Couvent des Arts’ , une structure qui réunit des galeries d’art, d’artisanat, des ateliers d’artistes, une artothèque ainsi qu’une salle d’exposition. Nous sommes tout à fait d’accord avec cette excellente proposition. Et nous l’assumons.

Cordialement,

Nicolas Roberti


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Commentaires

Il y a actuellement 6 commentaire sur Au couvent des Jacobins, le malaise congraisse…. Voulez-vous ajouter un commentaire
  1. Je ne comprends pas bien ce « nous » utilisé en milieu d’article. Est-ce un point de vue ou un article ? A priori la réponse est dans la question, mais je n’ai surtout l’impression ici que de relire les arguments de la droite municipale, sans plus de saveur. Et j’ai quand même l’impression que tout est un peu mélangé : le palais saint-georges a bien été étudié un temps pour devenir ce centre de congrès non ? Alors pourquoi dire le contraire ? Et pourquoi là aussi reprendre cet argument qui venait de l’UMP il me semble consistant à se pencher sur la prison des femmes ? A ma connaissance, la prison des femmes… est tout sauf libre (sic) ! Bref, j’ai un petit sentiment d’un gros parti-pris sur cet article. C’est votre droit, mais il faudrait l’assumer.

  2. Alors là, chapeau bas ! Je vous félicite pour ce positionnement franc et éclairé qui met bien en lumière le fonctionnement municipal si particulier à Rennes. Je reviendrai plus souvent vous lire. Continuez comme ça.

  3. Indeed ! Félicitations pour votre article et votre liberté de ton qui est une chose précieuse mais égarée à rennes. Perso le couvent en congress me rend plutôt content mais votre avis est absolument respectable. Aussi merci pour les post littéraires de qualité excellente.
    Nous sommes plusieurs amis à nous réunir à la place de la mairie au O’Connell’s. Enchanté de vous y rencontrer.

    Meilleurs regards

    Peter

  4. Double chapeau bas ! La baronnie rennaise agonisante aurait-elle enfin donné naissance à un magazine de réflexion indépendant ?!! Tant mieux, entre une droite inconsistante et une gauche rentière de situation, il ne reste plus beaucoup de temps pour la réanimation.

    Sentiments républicains,

    Virginie

  5. Pour le Palais Saint-Georges, moi, je sais, m’sieur ! ça aurait coûté trop cher de le restaurer (voir article Ouest-France du 7 décembre). 200 000 euros, c’est trop, en effet, vous ne trouvez pas ?
    ps : bon normalement, ça doit vous faire rire (il y en a pour combien déjà en prévisionnel pour le couvent des Jacobins ?).

    • Officiellement, 84 millions d’euro TTC ; officieusement, plus de 100…