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John Marcus : “La France souffre d’un manque profond de vulgarisateurs et de passeurs”

Ecrit par Nicolas Roberti. Publié dans Littérature

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John Marcus

Publié le 15 mai 2011

Entretien avec John Marcus. Le romancier qui préfère cacher sa véritable identité présente ses parutions actuelles et futures et confie à Unidivers sa conception de la spiritualité.

« La nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux, l’homme a un langage » Aristote

« Ce n’est point le perfectionnement des machines qui est la vrai calamité; c’est le partage injuste que nous faisons de leur produit » Sismondi

« Ô mon âme, n’aspire pas à la vie éternelle, mais épuise le champ du possible » Pindare

Unidivers Mag – Votre premier roman paru en 2009, L’Éclat du diamant, s’est vendu à plus de 11000 exemplaires. Il semble que la campagne de promotion ait emprunté des chemins de traverse…

John Marcus – Avec mon éditeur, Jean-Marc Bastardy, nous avons développé plusieurs opérations média originales comme la lecture gratuite ou l’offre de livre. En pratique, la maison remettait gracieusement un livre à un lecteur qui s’engageait soit à le régler si le contenu lui avait plu soit à le transmettre à un ami. La promotion sur le Web a été également intense étant donné que la presse nationale nous était fermée. Le milieu culturel parisien est tellement nombriliste et son modèle économique bouclé sur soi que les découvreurs de nouveaux talents y sont bien rares. Quant aux libraires, malgré un dossier de présentation abouti, quasiment aucun ne s’est montré intéressé. Heureusement, les journalistes régionaux sont  plus ouverts. Ainsi, pas à pas, le livre s’est fait connaître jusqu’à trouver enfin un diffuseur. D’où une seconde compagne de lancement en 2010 (couplée avec une opération de soutien aux librairies indépendantes), laquelle a rencontré un succès certain.

L’Homme qui rêvait est le second volet d’une série de cinq tomes. Pouvez-vous nous présenter les suivants ?

John Marcus — Plus exactement, j’ai conçu d’exprimer ma vision des choses à travers une série de critiques sociales épousant la forme de l’essai romancé, ce sont les enquêtes du commissaire Delajoie. Après L’Eclat du diamant (2009), L’homme qui rêvait, T.1 : Aristote (04/2011), T.2 : Le Magicien (11/2011) introduit à l’économie politique. Le suivant D’os, de sang et de douleur évoquera le domaine de la santé. Ensuite suivra L’agneau mystique qui se concentrera sur la religion. Le sixième et dernier, L’âme noire, parlera de… en fait, je ne préfère pas trop en dire…

Le mystère demeure bien qu’on puisse raisonnablement penser à un essai sur le mal. Au demeurant, Aristote s’emploie à conjuguer exposition d’idées sociales et narration romanesque dans un souci de vulgarisation. Ce procédé narratif dialectique vous semble-t-il abouti ?

John Marcus — Je travaille sur un mode expérimental. Et je sais que le chemin est encore long. En pratique, l’exercice est très compliqué : je suis sans cesse à la recherche de nouveaux biais et solutions. Si L’Éclat du diamant présentait un certain déséquilibre en matière de rythme et de linéarité, Aristote corrige quelque peu ce défaut. L’avis des lecteurs est à ce propos tranché : certains apprécient le mélange, d’autres ne s’y retrouvent pas.

Reste que je ne suis pas encore parvenu à l’équilibre, mais cela ne m’invite que davantage à explorer. Parfois, je passe des journées entières à reprendre un chapitre. Par exemple, ma présentation des théories socialistes et anarchistes m’a occupée deux mois ! Rien que l’idée et le déploiement du prétexte ou de l’anecdote qu’est la pérégrination nocturne dans les rues d’une ville d’Île-de-France m’ont pris des jours.

Pourquoi ne pas consacrer un essai à ces différents sujets ?

John Marcus — Parce que je ne m’en crois pas capable. Qui plus est, mon lectorat n’a que peu de goût pour les essais (souvent austères). La dimension récréative est capitale. En somme, je tente d’investir l’espace divertissant de la littérature en y faisant passer de la pensée. Si M. Untel ne s’intéresse pas au débat public, aucune étude ne pourra l’en convaincre. L’objectif de mon travail est de le conduire par d’autres biais aux problématiques soulevées, en particulier, par le libéralisme.

Au final, quelle solution économique prônez-vous ?

John Marcus — Si je ne possède pas la panacée, les économistes hétérodoxes retiennent toute mon attention. Je pense notamment à Jean de Sismondi. Les analyses sur le travail, la monnaie et la protection sociale qu’il a échafaudées dans la première moitié du XIXe siècle sont injustement ignorées. Je présente aux lecteurs des pistes de réflexion. Inviter à réfléchir, donner à penser – tel est mon leitmotiv.

On murmure que vous préparez également une série romancée consacrée à l’histoire du monothéisme. Qu’en est-il ?

John Marcus — En effet. Il s’agit de La chronique de Tripoli. Elle devrait compter trois tomes intitulés respectivement Les fils du diable, Pour que ne meure partage, Le chevalier errant. Le premier, qui devrait paraître en 2014, déploiera une enquête narrée par un moine cistercien sur fond d’annexion de l’Occitanie à la France et de croisade albigeoise au XIIIe siècle. Étant originaire du sud de la France, le catharisme m’a toujours intéressé. J’irai jusqu’à dire qu’il est à l’origine de mon intérêt pour le fait religieux. Le martyre albigeois constitue tout de même la première croisade menée par des chrétiens contre des chrétiens. En termes historiques, je pense qu’Innocent III, l’un des papes les plus intelligents de l’Église latine, s’est employé à porter la théocratie à son stade ultime. La répression cathare a fourni un moyen pour parvenir à ses fins.

Somme toute, La chronique de Tripoli ambitionne de parler de foi, de spiritualité et de religions au grand public. C’est pourquoi, d’ailleurs, je trouve la ligne éditoriale de votre magazine particulièrement intéressante. Il répond à un réel besoin, quel que soit le point de vue de chacun. D’autant plus que – à mes yeux d’autodidacte sauvé par les livres – il y a une carence, voire une incurie, de la presse en la matière. La France souffre d’un manque profond de vulgarisateurs et de passeurs.

Comme une préfiguration de cette série et pour mieux cerner votre pensée, pourriez-vous nous confier la conception que vous vous faites de la spiritualité ?

John Marcus — Pour moi, elle est le souffle qui anime l’homme et rend possible tout questionnement. Je crois que c’est véritablement le propre de l’homme puisque la vie de l’esprit nécessite une structure de langage, une voix intérieure, première sans doute, suffisamment audible et élaborée pour susciter l’éclosion d’une première question. C’est elle qui va forcer l’esprit à formuler une réponse, à tenter de trouver une solution apaisante pour fuir le doute lancinant et l’affliction d’une interrogation qui resterait ouverte. Ainsi, la spiritualité est ce dialogue intime qui s’établit en chacun pour donner du sens à sa vie. C’est une discussion avec soi-même autour de sa curiosité et de ses craintes de petit être nu et solitaire qui s’éveille au monde et découvre un univers mystérieux, lequel souvent l’effraie. Parfois je me dis qu’elle traduit un processus naturel, un dispositif de régulation de l’espèce humaine afin de répondre à l’intuition de notre profonde solitude et de notre finitude. La spiritualité serait alors un mouvement d’élévation pour se hisser hors de la bourbe, une recherche perpétuelle de solutions intellectuelles qui, même accompagnée par une pratique rituelle et une célébration collective, permet à l’homme de vivre son temps et dans son temps d’une manière apaisée.

En outre, je refuse le postulat que toute absence de foi serait synonyme d’un vide immense ou d’un attachement matérialiste non moins condamnable. C’est pourquoi, poser l’inspiration religieuse comme source de vie spirituelle revient tout simplement à inverser le processus. La spiritualité est l’opération cognitive qui suscite l’éclosion d’une vérité personnelle ; la foi n’est donc que l’une des options finales possibles, une réponse qui paraît acceptable. On voit bien, d’ailleurs, l’étroite corrélation qui s’établit entre l’évolution de la pensée humaine, sa capacité à ‘manier’ l’abstraction, son degré croissant de conceptualisation et de rationalisation et, parallèlement, la sophistication des concepts religieux et dogmatiques. De l’animisme au monothéisme, de la peur mystique à la recherche de la transcendance, du mythe brut à la quête de la ‘preuve de Dieu’, le seul dénominateur commun de cette évolution, c’est l’homme.

John Marcus —  Vous êtes donc un véritable athée, au sens strict…

Oui, mais ma vie spirituelle n’en est pas moins intense et équilibrée, même si la gestion du doute, plus précisément de cette douleur que peut générer une hésitation permanente qui n’arriverait pas à trouver de solution définitive à son questionnement existentiel, s’avère indéniablement plus délicate. Au début seulement, puisque ladite douleur peut aussi définitivement disparaître au fil des années. Mais même sans dieu, sans mystique ni croyances métaphysiques ou promesse d’une continuité, la perspective de ma mort, de l’effacement complet de mon être, de mes traces, de ma mémoire n’effraient pas. En cela, sans doute, ai-je succombé aux arguments de Démocrite et aux vers de Lucrèce.

Quelle morale de vie découle de la voie spirituelle athée que vous revendiquez ?

John Marcus — Celle de profiter intensément du temps présent, de sa propre humanité et de celle des autres, de la beauté du monde. Également d’expérimenter un peu plus le champ du réel. A mon avis, la pratique de l’hédonisme est plutôt une ascèse, la recherche exigeante d’un équilibre intérieur – d’un plaisir donc, d’un état plaisant pour les sens et l’intellect – qui de facto exclut tout ce qui est excessif et préjudiciable au corps et aux émotions. Surtout… à ceux des autres ! C’est d’ailleurs la grande force de cette éthique qui, suggérant seulement un chemin, ne postulant aucune vérité et ne prétendant à aucun pouvoir, n’exerce aucune contrainte vis-à-vis des tiers et ne veut absolument imposer aucune morale au monde entier. Pour terminer sur une boutade, je dirai même que l’hédonisme est la voie le plus sûre pour mettre en oeuvre son libre arbitre.

John Marcus — Pour finir sur une note plus légère, mais non moins essentielle, quel est votre écrivain préféré ?

Camus. Indiscutablement. Il a bouleversé ma vie d’adolescent en me rendant intelligibles mes interrogations existentielles. À l’âge de 18 ans, j’ai voulu monter La chute, mais on m’a refusé les droits d’adaptation. Camus m’a changé et a contribué largement à faire de moi ce que je suis aujourd’hui.

Propos recueillis par Nicolas Roberti


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Commentaires

Il y a actuellement 2 commentaire sur John Marcus : “La France souffre d’un manque profond de vulgarisateurs et de passeurs”. Voulez-vous ajouter un commentaire
  1. Super entretien. Petite info : ne serait-ce pas Jean-Marc Bastardy, directeur de l’lautre-editions qui se cacherait derrière ce pseudo ?

    • Je pense que Hub n’a pas tort…