Jean-Marie Guyau > Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction

Ecrit par David Norgeot. Publié dans Littérature, Pensées approfondies, Psychologie, videos

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Né en 1854 à Laval, Jean-Marie Guyau est comme nombre d’héros…tombé dans l’oubli. Source d’inspiration pour Nietzsche, il a été l’un des philosophes français les plus originaux. C’est une des raisons pour lesquelles les éditions Encre marine ont choisi de réactualiser sa pensée et son œuvre principale : Esquisse d’une morale sans obligation, ni sanction. Le titre est sans ambiguïté.

Parue pour la première fois en 1885, Esquisse d’une morale sans obligation, ni sanction revient aujourd’hui en force sur les étals de nos librairies favorites. Ouvrage célébré dès sa parution, Nietzsche tomba littéralement sous le charme en le qualifiant de « livre raffiné et mélancoliquement courageux ». Il occupe une place certaine dans la généalogie de sa morale et des ses propres conceptions.

Courageux, c’est le moins qu’on puisse dire, tant Jean-Marie Guyau s’employa à combattre la pensée dominante à son époque qui associait naturellement la morale avec l’obligation et la sanction.

Chez lui, l’évolutionnisme se conjugue à la psychophysiologie naissante (sans oublier une influence de Giordano Bruno) afin de mener un double combat : contre Kant et son dogmatisme moral, mais aussi contre les morales utilitaristes. Pour le philosophe, il faut partir des seuls faits individuels considérés indépendamment de la survie de la société et du vivre-ensemble.

Est-ce à dire qu’on est en face d’un pur individualisme autonormé ? Non. Et c’est tout là l’originalité du point de vue défendu par Guyau : les lois de la morale doivent se confondre avec les lois profondes de la vie.

Ainsi, la question du devoir n’a aucune réalité en soi, mais s’origine uniquement dans la vie psychique de l’individu. L’obligation morale est plus la conséquence d’un réflexe inconscient, voire dans certains cas d’une intuition, que de l’activité réflexive de la conscience. Je peux, donc je dois – telle pourrait être la maxime de Guyau.

Ainsi, la morale de Guyau est libre dans la mesure elle n’obéit à aucune loi transcendante et/ou universelle. L’individu doit retrouver et restaurer en lui une spontanéité essentielle et existentielle. Car la vie tend toujours à plus d’expansion et plus d’intensité. L’influence sur Nietzche est ici patente.

Sommes-vous pour autant en présence d’une morale sans sanction ? Pas davantage. Jean-Marie Guyau s’élève contre l’idée d’une impossibilité psychologique que le mal puisse être impuni. Si la défense sociale, tournée vers la prévention des crimes à venir, est certes légitime, l’idée de sanction ou de réparation des actes passés lui semble en revanche absurde et immorale. D’où un idéal de justice pénale conçu comme «le maximum de défense sociale avec le minimum de souffrance individuelle ».

Cette façon de voir peut prêter à sourire aujourd’hui, mais rarement le cynisme et l’égoïsme ont paru aussi invisibles dans une théorie de cette force. Conclusion :  l’égoïsme pur n’est qu’une mutilation de soi, tandis que l’altruisme ou l’amour sont la preuve d’une capacité morale supérieure. Une pensée étonnante de la part d’un être qui ne l’était pas moins.

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Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction,Présentation, notes et variantes par Philippe Salte, janvier 2008, 424 p. 15€

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